Qui est Le Général Olivier Gasita? Portrait d’un Militaire Controversé au Cœur des Tensions à Uvira
Le général de brigade Olivier Gasita est actuellement au centre d’une vive controverse qui paralyse la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Sa nomination comme commandant adjoint de la 33e région militaire, chargé des opérations et du renseignement, suscite depuis plusieurs jours des manifestations violentes et des tensions intercommunautaires qui révèlent les fractures profondes de l’Est congolais.
Né vers le milieu des années 1970 à Gitasha, un village du Haut Plateau de Minembwe-Itombwe, Olivier Gasita appartient à la communauté des Banyamulenge, des Tutsis congolais établis dans cette région depuis plusieurs générations. Son parcours illustre parfaitement les tragédies et complexités des conflits qui ravagent l’Est de la RDC depuis près de trois décennies.
Après ses études secondaires à Uvira, achevées en 1994, sa vie bascule en septembre 1996 lors des tueries qui ciblèrent plusieurs communautés dont la sienne dans la cité d’Uvira et ailleurs au Zaïre. Survivant de ces massacres qui durèrent huit jours, il rejoint ensuite la campagne de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) de Laurent-Désiré Kabila, après une formation militaire au sein de cette rébellion.
De 1996 à 1998, Gasita sert sous les ordres du commandant Freddy Mukiza Ntayoberwa. Cette période forge son expérience militaire, mais la mort mystérieuse de son mentor en 1998 marque un tournant dans sa carrière.
Contraint de rejoindre le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) en 1998, il opère dans les zones de Ruzizi, Mboko et Minembwe. En avril 2002, il rejoint la résistance de Minembwe dirigée par Patrick Masunzu, devenant rapidement son bras droit. Cependant, des dissensions internes conduisent à son emprisonnement de janvier 2004 à décembre 2006 à Minembwe, dans des circonstances encore floues.

Envoyé à Kisangani en janvier 2007, Gasita y reste sans affectation jusqu’en 2012. C’est là qu’il est accusé par le commandant de la région militaire de la Province Orientale d’appartenir au M23, la rébellion dirigée par Bosco Ntaganda. Arrêté en août 2012 et transféré à Kinshasa, il passe quatre mois en prison à la DEMIAP (Détection Militaire des Activités Anti-Patrie).
Selon plusieurs témoignages, ces accusations semblent avoir été motivées par des « amalgames » plutôt que par des preuves concrètes. Le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, a d’ailleurs récemment déclaré que « depuis plus de 25 ans, il n’a jamais travaillé au Nord-Kivu ni au Sud-Kivu » avant sa nomination récente.
La carrière de Gasita prend un tournant positif lors des violences intercommunautaires de Yumbi en décembre 2018. Nommé commandant des opérations militaires dans ce territoire de la province de Maindombe, il devient administrateur par intérim après l’assassinat du titulaire du poste.
Les violences entre les communautés Banunu et Batende avaient fait plus de 530 morts selon l’armée, et environ 900 selon l’ONU. Dans ce contexte dramatique, Gasita parvient à rétablir la stabilité, gérant le retour de 16 000 déplacés dans une cité devenue fantôme. Son action à Yumbi lui vaut la reconnaissance de ses supérieurs hiérarchiques.
La nomination de Gasita comme commandant adjoint de la 33e région militaire en janvier 2025, puis sa confirmation le 1er septembre, déclenche une vague de protestations sans précédent à Uvira. Les Wazalendo, ces milices supplétives de l’armée congolaise, mènent depuis le 2 septembre des actions « ville morte » et des manifestations réclamant son départ.
Les manifestants l’accusent de proximité avec l’AFC/M23 et le Rwanda, brandissant des banderoles avec des messages comme « Gasita rentre chez toi, Uvira ne veut pas de toi ». Ces accusations révèlent les tensions ethniques persistantes dans la région, où la communauté banyamulenge fait l’objet de suspicions récurrentes.
Face à ces contestations, la hiérarchie des FARDC affiche son soutien sans faille au général Gasita. Le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, a fermement défendu son officier lors d’une conférence de presse le 6 septembre :
« Un militaire, officier de surcroît, n’appartient plus à sa communauté mais plutôt à la nation toute entière. Allez à Yumbi, allez à Bolobo et dites du mal du général Gasita, vous serez lapidés. C’est l’homme qui a ramené la paix à Yumbi. »
La hiérarchie militaire dénonce une manipulation orchestrée par les ennemis du pays pour diviser l’armée et ses supplétifs Wazalendo.
Les tensions ont culminé le 8 septembre avec une manifestation qui a tourné au drame. Selon les premiers bilans, au moins trois personnes, dont deux femmes et un enfant, auraient été tuées lorsque les forces armées ont ouvert le feu pour disperser les manifestants.
L’affaire Gasita révèle plusieurs fractures profondes dans l’Est de la RDC : Nous y reviendrons.
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