Uvira paralysée : entre contestation populaire et tensions militaires

Uvira, Sud-Kivu – 8 septembre 2025
Depuis près d’une semaine, la cité frontalière d’Uvira vit au rythme des protestations. Marchés fermés, écoles désertées et transports quasi inexistants : la ville est plongée dans une atmosphère de “ville morte” qui traduit une colère populaire croissante.

À l’origine de cette mobilisation inédite se trouve la nomination du général Olivier Gasita à la tête des opérations et du renseignement militaire dans la 33ᵉ région.
Les groupes armés locaux dits Wazalendo, qui se présentent comme défenseurs de la population aux côtés des FARDC, rejettent catégoriquement cette affectation. Selon eux, l’officier est soupçonné de proximité avec certaines forces étrangères et ne bénéficierait pas de la confiance des communautés locales.

Dès les premières heures de la matinée, des milliers de manifestants se sont rassemblés au rond-point Kavimvira avant de converger vers la mairie, exigeant son départ. Un mémorandum officiel a été déposé aux autorités urbaines, réitérant cette demande.

Face à cette fronde, l’armée a réagi. Le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, a rappelé que le général Gasita avait été nommé par le haut commandement et qu’il n’était pas question de remettre en cause cette décision.
Il a invité les Wazalendo et la population à « mettre de l’eau dans leur vin », évitant ainsi de « faire le jeu de l’ennemi » qui cherche à diviser les Congolais.

Cet appel à l’apaisement peine toutefois à calmer les esprits. Beaucoup voient dans cette déclaration une manière de minimiser les inquiétudes locales, sans réponse concrète aux accusations qui pèsent sur l’officier contesté.

La grève générale, entrée dans son sixième jour, asphyxie Uvira :

  • Les marchés de Kalundu et Kavimvira sont restés fermés.
  • Les transporteurs dénoncent l’absence de revenus.
  • Les familles, déjà fragilisées par l’insécurité et les déplacements forcés des mois précédents, manquent de produits de première nécessité.

Un commerçant interrogé par lejournal.net résume la situation :

« On ne vend rien depuis plusieurs jours. Même si on ouvre nos boutiques, les clients n’osent pas sortir. Nous sommes pris en otage par cette crise. »

À cette atmosphère tendue s’ajoute un facteur régional. Ce lundi, l’armée burundaise a mené un exercice militaire à Gatumba, de l’autre côté de la frontière avec Uvira.
Si Bujumbura parle d’une « routine », les habitants craignent une escalade, tant les manœuvres bruyantes résonnent comme une menace à quelques kilomètres seulement.

La crise d’Uvira illustre la fragilité des relations entre les FARDC et les groupes Wazalendo. Ces derniers, pourtant alliés sur le terrain contre le M23, contestent de plus en plus ouvertement l’autorité de Kinshasa.
Si le gouvernement central n’engage pas rapidement un dialogue crédible, la situation pourrait dégénérer en affrontements directs, avec des conséquences humanitaires désastreuses pour une population déjà épuisée.

Aujourd’hui, Uvira vit une double paralysie : politique et économique.
La question dépasse la seule nomination d’un général : elle met en lumière le déficit de confiance entre l’État et ses alliés armés, et plus largement le malaise d’une population qui se sent oubliée dans un conflit qui s’enlise.

Le dénouement dépendra désormais de la capacité des autorités à écouter les revendications locales tout en évitant que la contestation ne bascule dans la violence.

KALENGA

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